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Imaginez-vous, nous sommes au Japon. Un homme pousse un vélo dans la ville. Il s'arrête dans un square ou dans un coin tranquille dans une rue. Sur le porte-bagages de son vélo, il y a une boîte en bois. Il cale son vélo debout. Il fait claquer ses hyoshigis. Clac clac. Ce sont deux bouts de bois qu'il cogne l'un contre l'autre. Les enfants accourent : "C'est le gaïto, l'oncle kamishibaï !" Le gaïto, le conteur d'histoires, ouvre des tiroirs
de sa boîte en bois. Il en sort des beignets et des friandises à base de
patate douce. Il les vend contre une pièce de monnaie. Il retourne à son vélo. Il ouvre les portes de son
butaï. Comme les rideaux d'un théâtre. Le "jeu théâtral de papier" peut
commencer. photos Emmanuelle La kamishibaï naît, sans doute, au VIII° siècle. Des bonzes bouddhistes zen désirent répandre leurs "idées" à travers le Japon. Pour convertir les paysans qui ne savent ni lire ni écrire, les bonzes montrent des dessins glissés dans un cadre et racontent une histoire au fur et à mesure. On peut dire que c'est l'ancêtre du kamishibaï. Le théâtre kabuki (chant, danse, habileté technique) va influencé le kamishibaï. Ainsi que les recueils d'estampes japonaises dont certains sont appelés… manga, c'est-à-dire : dessin simple, humoristique, exagéré. De Chine arrivent aussi les ombres… chinoises. Les Hollandais, après l'ouverture du Japon au monde extérieur, au milieu du XIX° siècle, apportent la lampe magique. Ou encore, on déplace des figurines en carton devant un décor : le tashi-e. Toutes ces techniques pour raconter des histoires illustrées. 1895. une invention française révolutionne le monde culturelle… le cinéma. Et au Japon, les salles qui servaient pour les représentations d'ombres chinoises ou de lanterne magique, se mettent à la mode et deviennent salles de cinéma. Seulement, du coup, tous les artistes/conteurs
n'ont plus de lieux pour exercer. Ils doivent se reconvertir. Ils
redécouvrent le kamishibaï des bonzes qu'ils adaptent en conservant les
histoires issues du théâtre kabuki.
Une vingtaine d'années plus tard, deux jeunes Japonais créent, pour le kamishibaï, une histoire pour enfant : "la chauve-souris d'or". Puis ce sont des histoires tirées de Jules Verne. Et de science-fiction. Et les aventures d'un petit personnage, espèce de Toto japonais : Chon Chan. Trois millions de diseurs de kamishibaï en 1937 dont 20 000 à Tokyo. Durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement japonais décide d'utiliser cet art pour sa propagande politique. Mais quand les Américains envahissent l'île à la fin de la guerre, tous les kamishibaïs sont détruits. Après 1947, les jeunes Japonais sans travail se lancent dans le métier de gaïto. Pour peu de temps, car dix ans plus tard, avec l'arrivée de la télévision, que les Japonais nommèrent à l'époque denki kamishibaï : kamishibaï électrique, avec les bruits de moteurs, la vie moderne trépignante, les conteurs n'avaient plus leur place dans les rues et les squares. Ce patrimoine culturel japonais est devenu un support pédagogique pour l'apprentissage de la langue. Pendant que vous lisiez ce texte, le gaïto a
raconté deux nouvelles histoires. Mais sur la dernière, en plein milieu,
il s'est arrêté.
Actuellement, il existe des écoles de gaïtos à Osaka. Avec utilisation de haut-parleurs et microcasque. En Europe, les premiers kamishibaïs arrivent vers la fin des années 60, à Clamart, à la bibliothèque "la joie par les livres". Sources : Le kamishibaï fait travailler :
Nous avons eu l'occasion de rencontrer des étudiantes japonaises, futures institutrices, à la médiathèque de La Riche (37), qui nous expliquaient que le kamishibaï fait partie de leur enseignement.
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